MATADORAS …make it look like an accident

by MiΣΣ LNI

-scroll down for French-

« MATADORAS ARE SUPER POWER GIRLS. THEIR SEX IS THEIR WEAPON », MARCUS KREISS

Miss LNI and Marcus Kreiss in a live drawing performance in Paris Jeu de Paume museum, Sept 2019

The idea of the muse as a vehicle of male fantasy is deeply rooted in contemporary culture: man creates, woman inspires. It’s been this way for centuries and consequently has been seen as an obstacle for women’s emancipation. Well, I’ve been on Marcus Kreiss’ pedestal as a muse for the last two years and I have never fallen off as I was never highly idealised.

As the Victorian argument that “sex is a man’s need and women just endure it” is fading, it feels to me that the art world must move in the same direction. When the female muse is still seen as the finest vision of the yin part of the male artist, she is reduced to an object without any agency. One could compare the latter to the myth of Eve being created from the rib of Adam. Not to forget that the role of the classic nude since the Greeks was to make man feel like God. That’s why a female nude has always been divine, spotless, and, therefore, stripped off its sexuality: it is sacralised.

In that sense, I have always been depicted proudly naked by Marcus Kreiss and never as a ‘nude’: Marcus’ art is undeniably and unapologetically naked art, not nude. Of course, through art’s history the boundaries between the nude and the naked has been broken so many times. But despite the fact that the nude has never ceased to be greatly admired by the art world, its reaction to its presence has dramatically altered. Nowadays, we tend to reduce to mere sexism anything that depicts naked girls and men with dicks. Our personal judgment is conforming to the art world norms and as a result ‘’art’’ becomes a luxury.

I could easily compare the scandal around Marcus Kreiss’ work to the scandal of Olympia by Manet in 1863. For instance, Olympia was perceived as naked, not nude and the muse was a known prostitute, therefore the scandal. Also, its proportions were bigger

than Titian’s Venus (its inspiration), usually used for religious representations only. Many of the acceptable pseudo-erotic paintings today are small sized and are depicting models or pop idols. In Marcus Kreiss’ paintings, sex is big as its need to find its political importance today, there’s no hiding. Most importantly, in his art there are no good and bad women. He usually paints sex workers, nude models or random powerful women of all ages, sizes and cultures. Obviously, his art is driven by the female power and not by the female beauty (whatever the latter is). The argument of old-school feminism that pornography is made by and for men, only disempowers female sexuality. So it causes further fragmentation of art to ‘’erotic art’’. Marcus’ lustful super-women fuck as nastily as men do, because they’re subjects of desire, not objects. It is art made to make the viewer contemplate, not to simply entertain.

To sum up, it seems to me that the art world is re-adopting the same puritan criteria of an acceptable public nude as 16th century European art did: art has to be asexual, otherwise it’s not art. But what is an acceptable female nude and of course feminist friendly? Does the muse need to be sweet and ethereal? Spotless and ‘’a good girl’’? Why is a fashion model always a better nude choice than a punk queer sex worker? Due to cultural illiteracy, we ignore that the muses of some of the greatest paintings in history where joyful and proud prostitutes: The Young Ladies of Avignon, Lautrec’s Moulin Rouge’s prostitutes, Schiele’s exhibitionist women, the Grande Odalisque and many others.

Personally, I always felt that I was penetrating Marcus’ psyche as a muse and vice versa: it was always a dialogue between two artists. Because when we both believe that there’s no political freedom without sexual freedom, it cannot go wrong. We are equal.

Feminism is not men against women, it is not women against men, It is solidarity against the toxic brainwashing by the corporate culture. That to me is what equality really means.

MiΣΣ LNI Paris, August 2019

https://www.instagram.com/miss.lni/

«LES MATADORAS SONT DES SUPER-FILLES EMPOWERED. LEUR SEXE EST LEUR ARME », MARCUS KREISS

L’idée de la muse en tant que véhicule de la fantaisie masculine est profondément enracinée dans la culture contemporaine: l’homme crée, la femme inspire. Il en est ainsi depuis des siècles et cet état de fait a pu logiquement être perçu comme un obstacle à l’émancipation des femmes. Eh bien, je suis sur le piédestal de Marcus Kreiss comme muse depuis deux ans et, bien qu’admirée et aimée, je n’en suis jamais tombée, parce que je n’y jamais été très idéalisée.

Alors que vacille l’argument victorien selon lequel «le sexe est un besoin de l’homme et que les femmes le supportent», j’ai le sentiment que le monde de l’art doit aller dans le même sens. Lorsque la muse féminine est encore perçue comme la plus belle vision de la partie yin de l’artiste masculin, elle est réduite à un objet sans aucune agence/ parole. On pourrait rapprocher/comparer ce dernier du/au mythe d’Eve créé par une partie d’Adam. N’oublions pas que, depuis les Grecs, le rôle du nu artistique a été de faire en sorte que l’homme se sente comme Dieu. C’est la raison pour laquelle un nu classique et surtout féminin a toujours été divin, sans tache/parfait et par conséquent dépouillé de sa sexualité: il est sacralisé.

En ce sens, je peux dire que Marcus Kreiss m’a toujours peinte fièrement nue et que, pourtant, je n’ai jamais été : l’art de Marcus est indéniablement et sans excuse, un art nu, pas un art du nu, selon la nuance qui peut exister dans la langue anglaise entre les mots nude (pour les personnes) et naked (pour les choses). Bien sûr, à travers l’histoire de l’art, les frontières entre ces deux conceptions du nu ont été brisées à de nombreuses reprises. Mais malgré le fait que le monde de l’art admire toujours plus la nudité, sa réaction à son égard s’est radicalement transformée. De nos jours, nous avons tendance à réduire à un simple sexisme tout ce qui représente des filles et des hommes nus avec des bites. Notre jugement personnel se conforme aux normes du monde de l’art et par conséquent, «l’art» devient un luxe.

Je pourrais facilement comparer le scandale autour du travail de Marcus Kreiss au scandale d’Olympia de Manet en 1863. Par exemple, Olympia était perçu comme à la fois nue et non nue et la muse était une prostituée connue, d’où le scandale. En outre, ses proportions étaient plus grandes que la Vénus du Titien (son inspiration), d’ordinaire uniquement utilisée pour des représentations religieuses. Aujourd’hui, de nombreuses peintures pseudo-érotiques acceptables sont de petite taille et représentent des modèles de mode, de femmes « belles » ou des idoles pop. Dans les peintures de Marcus Kreiss, le sexe est majeur, de même qu’est majeur aujourd’hui son besoin de trouver son importance politique : il ne se cache pas. Plus important encore, dans son art, il n’y a pas de bonnes et de mauvaises femmes. Marcus peint généralement des travailleuses du sexe, des modèles nus ou des femmes puissantes et aléatoires de tous âges, de toutes tailles et de toutes cultures. De toute évidence, son art est motivé par le pouvoir féminin et non par la beauté féminine (quelle qu’elle soit). L’argument du féminisme à l’ancienne selon lequel la pornographie est faite par et pour les hommes, a pour seul effet d’enlever tout pouvoir à la sexualité féminine. Il en va de même pour la fragmentation de l’art en «art érotique». Les super-femmes lascives de Marcus baisent aussi méchamment que les hommes, parce qu’elles sont des sujets de désir et non des objets. C’est un fait pour être contempler par le spectateur,  et non simplement pour divertir.

Pour résumer, il me semble que le monde de l’art est en train de ré- adopter les mêmes critères puritains de nu public acceptable que dans l’art européen du XVIe siècle: l’art doit être asexué, sinon ce n’est pas de l’art. Mais qu’est-ce qu’un nu féminin acceptable et, bien sûr, acceptable par le féminisme ? La muse doit-elle être douce et aérienne? Impeccable et ‘’ une bonne fille ’’? Pourquoi un mannequin est-il toujours un meilleur choix de nu qu’une travailleuse du sexe punk queer ? En raison de l’analphabétisme culturel, nous ignorons que les muses de certains des plus grands tableaux de l’histoire étaient des prostituées gaies et fières: les jeunes filles d’Avignon, les prostituées du Moulin Rouge de Lautrec, les femmes exhibitionnistes de Schiele, la Grande Odalisque, et plein d’autres.

Personnellement, j’ai toujours eu le sentiment de pénétrer dans la psyché de Marcus et vice-versa: il s’est toujours agi d’un dialogue entre deux artistes. Pour une raison simple : lorsque nous croyons tous deux qu’il n’y a pas de liberté politique sans liberté sexuelle, tout ne peut que bien se passer. Nous sommes égaux.

Le féminisme n’est pas des hommes contre des femmes, ce n’est pas des femmes contre des hommes, c’est une solidarité contre le lavage de cerveau toxique de la culture d’entreprise. Pour moi, c’est ce que l’égalité signifie vraiment.

MiΣΣ LNI Paris, August 2019

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